17 août 2026 | Points de vue | Lecture de 10 minutes
Hommage au père du mouvement des maisons de quartier en Colombie-Britannique, Elmer Helm, 1926-2026
J’ai rendu visite à Elmer Helm et à ses filles chez lui, à North Vancouver, par un après-midi ensoleillé de mai 2026, quelques mois après son 100e anniversaire. J’étais là pour l’interviewer sur son siècle bien rempli, pour célébrer ses nombreuses réalisations, dont celle d’avoir été, pour l’essentiel, le père du mouvement des maisons de quartier en Colombie-Britannique, et pour rencontrer l’homme que mes collègues me décrivaient avec enthousiasme comme « l’homme le plus gentil que vous rencontrerez jamais ». Je suis heureux d’y être allé au moment où je l’ai fait, car cet article remplira désormais une double fonction : saluer une vie remarquable et servir de mémorial. Elmer Joseph Helm nous a malheureusement quittés le 29 juin, à l’âge de 100 ans et demi.
Il est difficile de résumer les moments forts d’une vie en quelques paragraphes. Je commencerai par l’impression que l’homme m’a laissée, car sa présence avait cette étonnante façon de vous montrer qui il était avant même qu’il ouvre la bouche.
Il n’y a pas d’autre façon de le dire : Elmer pétillait. Ses yeux d’un bleu céruléen se plissaient aux coins et s’animaient dès qu’il parlait de sa famille, de son travail, de sa vie. Il m’a accueilli à la porte d’une solide poignée de main et m’a conduit dans un salon habité de souvenirs. Un sapin de Noël entièrement décoré trônait dans un coin, même si nous étions le 1er mai. Vu l’effort que cela demande pour tout recommencer ensuite, m’a-t-il demandé, pourquoi se donner la peine de le défaire ? J’ai aimé Elmer dès la première minute, c’est vrai.
Né le 6 janvier 1926, Elmer a grandi dans les camps de bûcherons de la vallée de Comox, sur l’île de Vancouver, et a fréquenté la Tsolum High School de Merville, une école de deux classes où sa cohorte de finissants comptait quatre garçons et quatre filles. Chaque année, aux journées sportives, les huit adolescents devaient s’inscrire à toutes les épreuves pour rivaliser avec les écoles voisines. Cela lui a donné très tôt le goût de la forme physique et le sens de la discipline.
Plus tard, la famille a possédé une ferme près de Black Creek. Avec la chasse et la pêche à deux pas, c’était, selon ses mots, « incroyable ». L’endroit est malheureusement devenu insoutenable après la noyade tragique de son frère aîné, âgé de 13 ans, dans un lac de la propriété. Ses parents sont partis peu après pour s’installer à Nanaimo.
Elmer a servi dans la Marine royale canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale et est rentré en 1944 avec l’intention de faire carrière comme bûcheron. Une suggestion des Anciens Combattants a changé le cours de sa vie.
« Ils m’ont dit : “Bon, tu as ton admission à l’université. Pourquoi n’irais-tu pas à l’université ?” »
Il y est allé. Il a étudié l’éducation physique, puis obtenu en 1952 une maîtrise en travail social, avec un mémoire portant sur l’Alexandra Neighbourhood House.

Ce parcours l’a mené dans l’est de Vancouver, auprès de jeunes défavorisés. Il décrivait un Vancouver très différent de celui d’aujourd’hui : des gangs, une violence bien plus courante, disait-il, et des adolescents qui se promenaient couramment avec des chaînes de vélo et des couteaux.
Une histoire qu’il m’a racontée résume bien les difficultés de cette époque. Un jeune homme qu’il accompagnait a pris part à une bagarre. « Sa botte, c’était comme un fusil », a dit Elmer. « Une arme mortelle. »
L’altercation a eu deux conséquences irréversibles : la victime est morte, et le jeune homme a été condamné puis exécuté, devenant selon lui la dernière personne en Colombie-Britannique à subir la peine de mort. L’affaire a marqué Elmer durablement et mis en lumière les obstacles auxquels se heurtaient bon nombre des jeunes qu’il côtoyait, qui n’avaient à peu près aucun soutien.
Changer les choses
À l’époque, il y avait « beaucoup de familles monoparentales qui élevaient des enfants », se rappelait-il. « Elles n’avaient pas de services de soutien. Elles n’avaient pas de garderie. » Les jeunes, eux, avaient peu d’endroits où aller, et les programmes structurés pour les encadrer manquaient cruellement.
Sa première affectation a été le Kiwassa Girls’ Club de l’époque, où, dit-il, « ils m’ont mis à l’épreuve ». Le programme Kiwassa s’est plus tard transformé en maison de quartier, et Elmer a joué un rôle direct dans cette évolution.
Pour Elmer, le mouvement des maisons de quartier allait devenir l’œuvre d’une vie.
Les maisons de quartier trouvent leur origine dans le Londres de la fin du XIXe siècle, où le soutien communautaire est né en réaction à la pauvreté urbaine. « Le chanoine [Samuel] Barnett travaillait dans les taudis de Londres, et il a amené des étudiants à venir travailler avec les gens… Ensuite, beaucoup de gens très importants sont venus faire [la même chose] », raconte-t-il. « C’est là que ça a commencé, et l’idée s’est répandue… en Europe, puis à New York et à Chicago, et elle est arrivée à Ottawa et à Toronto, et ensuite en Colombie-Britannique. »
À Vancouver, le modèle s’est adapté aux réalités locales autour de principes simples : les services doivent être offerts au cœur des communautés et façonnés par les besoins du milieu.
Il est ensuite devenu directeur général de la Gordon Neighbourhood House, dans le West End de Vancouver, où les besoins étaient criants. « Nous avions 55 enfants à la garderie, disait-il, et pour beaucoup d’entre eux, il fallait subventionner. Si nous avions fermé, que leur serait-il arrivé ? »
Sa ténacité a porté ses fruits. Une subvention de la province a permis de mettre en place ce qui allait devenir une aide financière plus large pour les services de garde, l’engagement municipal s’est accru et, à un moment donné, le travail a été jugé assez important pour qu’un conseiller municipal soit nommé directement au conseil d’administration.
Des gains modestes, pris un à un. Mais ils se sont additionnés.
« C’était toute une réalisation », disait-il, en parlant de la mise en place du soutien provincial.
Un lien royal
Parmi les bénéficiaires du réseau des maisons de quartier et du travail d’Elmer se trouvait un jeune adolescent du nom de Vic Chapman. Il a fini par pouvoir lui rendre la pareille.
Joueur de football, il a évolué avec quatre équipes de la Ligue canadienne de football avant de devenir attaché de presse du premier ministre Pierre Trudeau, puis d’occuper des fonctions semblables auprès de la famille royale britannique.
« Quand le prince Charles et Lady Di devaient venir à Vancouver, nous l’avons contacté, et il a fait en sorte que le prince Charles vienne à Gordon House », raconte-t-il. « Ma femme et moi étions donc parmi les gens qui l’ont accueilli. Lady Di, elle, est allée à l’hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique, mais lui est venu à Gordon House. Il était très bon avec les adolescents. »
À la tête du mouvement des maisons de quartier
En 1967, le mouvement des maisons de quartier s’est structuré à l’échelle provinciale et Elmer est devenu le premier directeur général de l’Association of Neighbourhood Houses of British Columbia (ANH). Il a occupé ce poste pendant près de 20 ans, s’installant avec le temps dans l’édifice Heritage Hall, à l’angle de la 15e Avenue et de la rue Main, dans le quartier Mount Pleasant de Vancouver.

L’une des clés du succès, selon Elmer, tenait au caractère décentralisé de la structure : ceux qui souhaitaient une nouvelle maison devaient s’organiser eux-mêmes.
« Si la communauté voulait une maison de quartier, expliquait-il, elle devait former un comité. »
Les municipalités fournissaient souvent le terrain, et l’association aidait à réunir les fonds nécessaires pour construire et faire fonctionner les installations. Au fil du temps, cela a donné naissance à un réseau grandissant de maisons de quartier partout dans la province.
Les retombées ont touché de nombreux pans de la vie communautaire : programmes de garde d’enfants, soutien aux parents en emploi, services aux aînés, activités pour les jeunes. Dans certains cas, des projets de logement social se sont développés en parallèle. Bon nombre de ces services vont aujourd’hui de soi ; ils étaient loin d’être courants lorsque les maisons de quartier ont commencé à étendre leur portée.
Et Elmer défendait le mouvement sans relâche.
« Maurice Eagan était directeur de la planification sociale, et c’est lui qui devait faire les recommandations pour nos subventions. Il est devenu un très bon ami », racontait-il. « Je l’ai emmené à la pêche. J’étais tout un pêcheur, pêcheur à la mouche, et je l’ai emmené du côté de Squamish. Au bord de la rivière, il y avait de gros rochers, et de la neige, et il est tombé là-dedans. Alors je lui ai dit : “Bon, Maurice, je ne te sortirai pas de là tant que tu n’auras pas augmenté notre subvention.” »
Elmer n’a pas fait qu’accompagner la naissance du mouvement des maisons de quartier. Il a aussi créé l’Alexandra Foundation, en 1977, pour recueillir des fonds supplémentaires à son appui. Encore aujourd’hui, les sommes amassées par la fondation servent à soutenir les maisons de quartier existantes et nouvelles, surtout pendant les premières années, qui sont les plus difficiles.
L’un des legs marquants du travail d’Elmer au sein de l’Alexandra Foundation est la création de l’Elmer Helm Youth Fund, qui offre une aide financière fondée sur les besoins aux étudiants qui souhaitent entreprendre ou poursuivre une formation postsecondaire dans les domaines artistique, universitaire ou technique. Il faisait remarquer que depuis sa retraite en 1990, plus de 200 étudiants en ont bénéficié.
Athlète, aussi
Hors du travail, la vie d’Elmer n’était pas moins remplie. C’était un athlète accompli, au tennis surtout : sa femme Ollie et lui ont remporté un championnat national de double mixte dans les années 1970. « Grâce à elle, pas à moi », précisait-il avec un sourire.
Elmer a aussi consacré plus de dix ans à faire aménager des installations publiques de tennis sur la rive nord de Vancouver. La Ville et le District de North Vancouver ont tous deux souligné cet engagement par une reconnaissance pour l’ensemble de son œuvre.
Comme je l’ai mentionné, Elmer était un pêcheur passionné, et ses yeux se sont remis à pétiller lorsqu’il a raconté l’un de ses nombreux exploits de pêche avec son grand ami Frank Carson et leurs deux fils. Ils partaient sur le gros bateau de Frank, mais pêchaient à bord de petites chaloupes de 10 pieds.
Frank venait de sortir une prise de 44 livres quand Elmer a senti quelque chose d’étrange au bout de sa ligne.
« Cet autre tyee s’est mis à nous remorquer… J’ai dit : “Bon sang, tu vas peut-être devoir rentrer au bateau à la nage !” [Mon poisson] faisait près de 65 livres, le plus gros pris là-bas en cinq ans. »
Il l’a fait empailler et a offert son trophée à Ollie. « J’ai dit à ma femme : “N’est-il pas magnifique ? On pourrait l’accrocher au mur de notre chambre.” Elle m’a répondu : “C’est moi ou le poisson.” Il est descendu au sous-sol. »
Donner, sans penser à recevoir
Quand je lui ai demandé quel conseil il donnerait à quelqu’un qui veut contribuer à sa communauté, il a répondu : « Il faut avoir la personnalité pour aller vers les gens et donner. On ne pense pas à recevoir. » Mais selon son expérience, « quand on donne, on reçoit tellement en retour… J’ai eu la grande chance de recevoir beaucoup », a-t-il ajouté.
Parmi les honneurs reçus au cours de sa vie, Elmer s’est vu remettre en 2012 la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. Son nom orne aussi le « Helm Lodge », au Sasamat Outdoor Centre, un camp situé aux abords de Vancouver qu’Elmer a contribué à faire naître en 1987, avec l’aide notamment de Murray Leith, cofondateur de Leith Wheeler, alors président du conseil de l’ANH.
Elmer a marqué une multitude de personnes et d’organisations au fil de sa vie, mais Alexandra House et lui occupent aussi une place unique dans l’histoire de notre firme. Alexandra House a été le tout premier client de type fondation de Leith Wheeler, en 1982, et l’est encore aujourd’hui : par définition, notre plus ancienne relation. Pour cette raison, et pour toutes les autres décrites ici, notre équipe se souviendra d’Elmer Helm avec affection, avec une profonde reconnaissance pour tout ce qu’il a accompli pour la Colombie-Britannique, et avec le sentiment, inspirant, que nous pouvons être et faire plus que ce qu’on attend de nous.
Repose en paix, Elmer. Tu nous manqueras.
Pour en savoir plus sur sa famille, sa vie et la cérémonie commémorative (2 septembre 2026), cliquez ici.
Cliquez sur les liens pour savoir comment soutenir l’Alexandra Foundation ou l’Association of Neighbourhood Houses of BC.



