18 février 2026 | Conseils discrets | Lecture de 13 minutes
Perspectives 2026: Percevoir au-delà du « Grand haussement d’épaules »
La dernière année, en dépit de prévisions parfaites quant aux évènements qui feraient la une, n’a pu aider à l’établissement de la séquence prévisible des investissements. Au cours de cette courte période, nous avons dû endurer des variations persistantes de la politique commerciale et des menaces qui s’y rattachent, la tourmente politique domestique impliquant les Départements de la Justice, de la Sécurité intérieure, et de la Réserve fédérale aux États-Unis, et les multiples interventions militaires directes, avec des possibilités de défis supplémentaires, incluant contre une nation membre de l’OTAN. Comme je l’avais mentionné à nos clients lors de notre publication sur les Perspectives des évènements au Canada, depuis l’inauguration présidentielle, il y a eu plus de 57 mémorandums présidentiels, 126 proclamations et 243 décrets exécutifs — le rythme le plus effréné depuis Franklin Delanoe Roosevelt (FDR) en 1933, sans oublier presque 6.000 messages de Truth Social.
Pour faire suite à ce fleuve d’informations troublantes, les marchés boursiers américains étaient en hausse de plus d’une dizaine de pourcents et les marchés internationaux ont connu parmi leurs meilleures années. Il est donc de mise de remettre en question, peut-être, la valeur des articles de nos documents de Perspectives ! Ceci étant dit, il est intéressant de comprendre pourquoi le marché semble oublier cette année remarquable, et si cet évènement est soutenable à l’avenir. Commençons par une revue des données statistiques.
2025 et le Haussement d’épaules
En 2025, l’indice du S&P/TSX s’est apprécié de 31,7 % alors que celui du S&P 500 et celui du MSCI EAEO ont gagné 12,5 % et 25,2 %, respectivement (toutes les données sont en dollars canadiens). En parallèle de ces performances éclatantes en actions, plusieurs autres mesures des marchés et de la santé économique sont demeurées essentiellement inchangées après cette année chaotique. Comme le tableau 1 le démontre :
- Les rendements des Bons du Trésor de 30ans sont les mêmes d’une année à l’autre, signifiant que les perspectives du marché pour l’économie, et le potentiel d’une réaccélération de l’inflation restent relativement optimistes.
- Les évaluations pour les actions américaines, lesquelles se traduisent par le ratio cours/bénéfices des 12 prochains mois, sont essentiellement inchangé à 22,4 X, alors que les perspectives de bénéfices ont progressé légèrement jusqu’à 19,2 %. Comp tenu de ces perspectives de bénéfices généralement plus élevées, les prix sont actuellement moins dispendieux qu’en janvier dernier.
- L’indice de volatilité CBOE qui évalue de combien les investisseurs estiment que les marchés des actions pourraient augmenter ou diminuer au cours du prochain mois. Après avoir atteint un pic de 45 % lors de l’annonce initiale par le Président Trump de tarifs globaux, un retrait s’est opéré pour rejoindre le niveau inférieur de l’année précédente à 17,4%, soit le niveau le plus faible de la dernière décennie.
- Les observateurs courants sur le marché prévoient que le parcours tranquille continuera.
- Les écarts de crédit représentent les primes que les investisseurs en obligations requièrent pour dé tenir des obligations qui comportent des risques de défaut (provenant la plupart du temps des émetteurs corporatifs). Les écarts pour les deux, grade d’investissement (qualité élevée) et haut rendement (qualité faible), sont aussi revenus au même niveau qu’auparavant, soit 0,49 % et 3,16 %, respectivement. Et ces niveaux approchent ceux les plus faibles de la dernière décennie. Les détenteurs d’obligations ne sont réellement pas inquiets quant à un défaut.
Tableau 1: Indices clés des marchés – 31 janvier 2025 et 31 janvier 2026

Sources : Leith Wheeler Conseils en investissements, Bloomberg.
(1) Données : Macro Micro.
À tous les niveaux, les marchés des actions et des obligations nous indiquent qu’ils ne sont pas concernés outre mesure par ce qui est survenu l’an dernier, et qu’ils demeurent relativement optimiste face à l’année 2026. Puisque …c’est le marché alors ? Ou devrions-nous être inquiets ?
Des déclarations intempestives mais des marchés tranquilles … Pourquoi ?
Le Grand haussement d’épaules peut être expliqué par une ou plus de ces trois dynamiques :
Le fondamental influence toujours les marchés. Benjamin Graham, le père de L’investissement dans la valeur, a écrit notablement que « À court terme, le marché est une machine à voter; à long terme, c’est une machine à soupeser. » En d’autres mots, vous devriez escompter que le marché devrait surréagir aux grandes déclarations, mais ultimement, ce sont les données fondamentales qui sont récompensées (ou punies). Le marché éventuellement fait fi du bruit et se rend au cœur du vrai risque et de l’opportunité. Cette interprétation suggère que les marchés de transaction ne se sont pas rétractés en 2025 parce que les données fondamentales n’ont pas été affectées. Alors que les bénéfices étaient en hausse de 15 %, le PNB réel augmentait de 2 % à 2,5 %, l’inflation se stabilisait entre 2,5 % à 3,0 %, avec de bonnes dépenses de consommation, peut-être que les choses ne se sont pas détériorées autant que les critiques sévères le laissent croire.
Il n’y a pas « un seul marché ». L’indice du S&P 500 comprend en fait deux « marchés. » Bien que l’indice plus large ait cru de 12,3 % l’an dernier, Nvidia, Alphabet, Broadcom, et Microsoft ont représenté plus de la moitié de ces gains (source: Bloomberg) et au cours des trois dernières années, les « 7 Magnifiques » ont compté pour bien plus que la moitié du gain total de 88% de l’indice du S&P 500.
L’indice du S&P 500 à pondération égale se transige à un niveau inférieur de six points par rapport à l’indice plus populaire pondéré par la capitalisation. Ainsi est démontré que plus la capitalisation des titres est élevée plus ceux-ci se transigent avec évaluations plus fortes, entraînant l’évaluation globale vers le haut. Dès lors, certaines enclaves sont évaluées à perfection, mais des bandes dans le marché offrent encore de la valeur. Ce sont de bonnes nouvelles pour des investisseurs dans la valeur comme nous, qui sont toujours à la recherche d’opportunités pour acheter de bonnes entreprises à des prix très intéressants.
Un horizon de temps limité. En relation avec cette discussion sur les données fondamentales, l’argument de l’horizon temporel rajoute au fait que l’impact des décisions politiques ne doit pas être attendu comme immédiat. Les tarifs ont peut-être été introduits pour encourager l’investissement domestique aux États-Unis et collecter des fonds pour combler les déficits budgétaires, mais ces investissements industriels et manufacturiers n’apparaîtront que dans trois, cinq, et même dix ans et plus (si on assume que les politiques sont aussi efficaces que prévues). Les activités d’import – export peuvent vaciller à court terme, mais des alternatives peuvent les remplacer. La hausse des prix peut affecter certains produits mais il faudra du temps pour déterminer quelle part des tarifs sera absorbée par la chaîne d’approvisionnement et quelle part les consommateurs devront accepter. Reconnaître le succès ou la défaite de ces politiques est difficile à circonscrire à ce moment, il est possible que le marché adopte une attitude attentiste actuellement, et donne le bénéfice du doute au président Trump.
Faire le point sur la politique américaine
Essayons de comprendre un peu plus les politiques spécifiques que les marchés ont eu à digérer au cours de cette année. Comme le tableau 2 le démontre, il y a des impacts qui ont pu compenser.
Tableau 2: Les impacts de la politique américaine

Les réductions d’impôt que le Président Trump a présentées au cours de son premier terme ont été reconduites en 2025, ce qui signifie que les payeurs de taxes recevront des rabais plus importants et pourront jouir d’un revenu disponible plus élevé en 2026. Cela s’ajoute donc aux déficits, cependant, lequel vogue autour de 6 % du PNB et qui doivent atteindre 7 % selon le Bureau du Budget du Congrès au cours de la prochaine décennie, contraignant la flexibilité fiscale et accentuant la pression sur le dollar américain.
Les entreprises et (les marchés) adorent la certitude et les promesses de dérèglementation du Président Trump sont une politique populaire auprès des petites entreprises, dont le sentiment de confiance a bondi en 2025, mais a pâli avec l’accroissement des coûts dus aux tarifs et la désorganisation des chaînes d’approvisionnement. Les bénéfices de la dérèglementation sont clairs au chapitre de la politique énergétique, moins lorsqu’il s’agit des services financiers, là où la rhétorique de l’abordabilité a créé de l’incertitude.
Quant aux tarifs, l’administration a émis 49 menaces d’imposition de tarifs en 2025, alors que plus de 30 de celles-ci ont été utilisées principalement comme outils pour extraire d’autres promesses. Les « secteurs stratégiques » de l’acier, de l’aluminium, des automobiles, des pharmaceutiques et des semiconducteurs ont des protections ciblées, alors que l’administration veut attirer et protéger l’industrie manufacturière domestique dans ces secteurs. Des études suggèrent que 80 % des impacts des tarifs sont supportés par les consommateurs, ce qui les convertit effectivement en taxes de vente inflationnaires. En dépit de menaces à l’origine, le taux tarifaire moyen pondéré des États-Unis est maintenant d’environ 13 %, alors que la moitié du fardeau est porté par l’Inde et la Chine (source: Bloomberg). Après avoir épilogué sur cet environnement, au moment de l’écrire, la Cour Suprême de justice des États-Unis vient de juger que les tarifs de 2025 ont été prélevés illégalement, il faut donc prévoir certainement que le conflit se perpétuera en 2026.
Les raids qui visaient les immigrants illégaux ont attiré beaucoup d’attention, mais les restrictions continues concernant l’immigration légale, conjointement avec un faible taux de natalité, affectera encore de manière significative le renouvellement de la main d’œuvre américaine. Comme nous l’avions mentionné dans notre document de Perspectives de l’an dernier « Outlook (Part II) », sans l’immigration, le taux de croissance de la population américaine deviendrait négatif vers 2040. L’immigration devient critique pour la croissance du PNB et le financement des programmes comme la Sécurité Sociale et Medicare, particulièrement lorsque la population vieillit.
Opportunités artificielles?
Tout ceci survient, bien entendu, durant une période de changement technologique majeur. L’intelligence artificielle (IA) a dominé les marchés au cours des quelques dernières années alors que les plus grandes entreprises du monde ont signé les plus importants chèques pour procéder à l’expansion de traitement et de stockage des données. Même si nous croyons que les progrès en AI produiront des changements transformationnels durant notre cycle de vie, les investisseurs n’établissent pas toujours les prix correctement en fonction des opportunités. Le tableau 3 démontre que durant le boom technologique de la fin des années 1990, début des années 2000, Cisco, Nortel, et Corning étaient les chouchous du marché, seulement pour sombrer plus fortement lorsque les investisseurs ont réajusté leurs perspectives pour tenir compte de la période où les compagnies basées sur le web commenceraient à générer des profits réels.
Tableau 3: Gagnants et perdants à long terme de la bulle technologique
Sources : Leith Wheeler Conseils en investissements, Bloomberg, MSCI.
Ces trois compagnies ont été les bâtisseurs de l’infrastructure de l’internet. Un corollaire similaire pourrait être établi sur la vogue autour de l’investissement massif dans l’exécution de l’IA. Le tableau 4 révèle les investissements passés et estimés en dépenses de capital des Hyperscalers majeurs en IA à l’heure actuelle.
Figure 4: Dépenses en capital des hyperscalers majeurs en IA(2) (Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft, Oracle)
Source: JPMorgan, le 29 janvier 2026.
(2) Les barres surlignées en bleu indiquent les dépenses prévues en matière d'IA.
Si l’on revient au tableau 3, vous trouvez certaines des mêmes entreprises qui ont été les bénéficiaires à long terme d’autres investissements en infrastructures. Ils opéraient avec des modèles d’affaires légers en actifs qui les laissaient innover et utiliser leur effet de levier, générant ainsi des rendements massifs sur le capital investi (RCI). La question aujourd’hui s’avère être: qui gagnera la course, dans combien de temps, en générant quel rendement sur le capital, et comment les marchés les récompenseront-ils (ou les puniront-ils) au long du chemin ?
Prospects canadiens

Alors que trois minières aurifères dans l’image ci-dessous reflétaient le thème dominant dans les perspectives économiques du Canada au cours des derniers siècles, trois facteurs clés devraient avoir un impact sur les perspectives du Canada en 2026: le commerce et les tarifs, l’immigration et la technologie.
Commerce & tarifs. Bien que le Canada franchisse des étapes pour diversifier ses partenaires commerciaux, les États-Unis demeurent le plus important et de loin. De telle sorte que les tarifs, spécialement les plus stratégiques qui sont dirigés vers les automobiles, l’aluminium et l’acier continueront d’avoir un impact sur nous en 2026. Le focus établi par le gouvernement fédéral pour développer nos infrastructures internes et des industries « Fait au Canada » devrait aider à supporter la croissance économique, indépendante de la demande externe.
Immigration. Tout comme aux États-Unis, notre taux de natalité ne supporte pas la croissance de la population: ainsi, la politique de l’immigration deviendra importante pour faire croître le PNB et supporter les programmes sociaux. L’élément essentiel à l’avenir sera d’équilibrer le rythme des accroissements avec l’habileté des communautés à absorber les nouveaux canadiens. Si la hausse de l’immigration devait stagner, une augmentation de la pression sur les salaires pourrait survenir. Finalement, la politique américaine pourra peut-être créer des opportunités au Canada afin d’attirer des immigrants qualifiés alors que les États-Unis restreignent l’immigration légale.
Technologie & IA. À court terme, l’impact de la technologie et de l’innovation avec l’IA sur les salaires au Canada devraient être mitigés: des pertes d’emplois et de la pression à la baisse sur les rôles qui peuvent être automatisés, compensés par une plus forte demande et la rémunération pour des rôles plus qualifies, résultant en une faible inflation et une croissance lente du PNB. Le risque à surveiller ce sont les expectatives: si les gains technologiques sont reportés ou exagérés, l’économie pourrait performer en deca des expectatives.
ACEUM
Un des derniers éléments qui préoccupe l’esprit des clients est le renouvellement à venir de l’accord Canada - E.U.- Mexique (ACEUM), dont les négociations doivent débuter l’été prochain. Quels sont les vrais risques que l’Accord soit évacué ?
Légalement, l’Accord comporte des provisions qui protège des industries dans les trois pays d’un retrait soudain, unilatéral. Comme le tableau 5 l’illustre bien, un défaut d’arriver à des termes de reconduction cet été, déclenche une série de dix révisions annuelles avant que l’ACEUM ne devienne automatiquement caduque. Techniquement, nous pouvons attendre jusqu’à 2036 pour accepter.
Tableau 5: Révision et processus de l’extension de la durée pour l’ACEUM (Article 34.7)
Source: Bloomberg
Suite à cet énoncé, les négociateurs américains devraient forcer pour obtenir des termes plus durs; ils pourraient proposer deux accords bilatéraux, un avec chacun des deux pays, le Canada et le Mexique au lieu de la structure trilatérale courante (nous ne sommes pas tenus de l’accepter); et ils pourraient possiblement tenter de contourner la loi en déclarant l’Accord invalide.
En vertu de l’Article 34.6 de l’Accord, les États-Unis ont techniquement la possibilité de donner un avis de six mois quant à leur intention de se retirer, mais la constitution américaine requiert que le Président consulte le Congrès. S’il devait tenter de se retirer unilatéralement, il devrait être défier immédiatement. Compte tenu de la récente décision de la Cour Suprême sur les tarifs, la Cour semble être de plus en plus sceptique de l’utilisation de pouvoirs d’urgence par le Président pour subroger des lois commerciales. Une approbation du Congrès d’un retrait serait peu probable en tenant compte du passage par le Congrès, avec le support de républicains, d’une loi pour éliminer les tarifs précédents pour le Canada.
S’il devait obtenir avec succès les approbations requises, l’ACEUM prévoit que les deux parties restantes continuerait à respecter le pacte.
Rendements attendus et autres livraisons
Les taux d’intérêt au Canada sont de retour à un niveau neutre d’environ 2,25 % et l’inflation a reculé d’un sommet de 8 % à près de 2,5 % à 3 %. Les marchés anticipent que la Banque du Canada ne bougera pas, alors que la Réserve fédérale diminuera son taux une ou deux fois plus tard dans l’année.
Dans cet environnement, nous prévoyons que les portefeuilles obligataires présenteront grosso modo leur rendement gagné de 3 % à 4 % et que les rendements attendus à long terme des actions demeureront autour de 6 % à 8 %.
Les autres livraisons clés pour les clients sont les suivantes :
- Nous maintenons une position défensive dans les portefeuilles des clients – certains actifs reflètent l’optimisme des marches, mais les risques géopolitiques demeurent élevés.
- Nous trouvons des poches de valeur – dans une perspective ascendante, des secteurs individuels et des compagnies représentent encore des opportunités significatives d’investissement.
- Nous pensons en fonction du long terme – sans surprise, mais la résilience financière, la diversification et la qualité des équipes de gestion demeurent notre focus.